Des mondes à Profusion / Theo Michael indivudual project / rejected project

(Render) 2017

Theo Michael n’est pas intéressé par la réalisation un monde nouveau, mais par un monde qui serait multiple, vieux et futuriste à la fois. Ce qui l’intéresse c’est assembler et accumuler des couches de temps, effectuer une accélération de l’usure sur les matières, et penser le monde depuis ce qu‘il en reste, ou de ce qui a disparu, ou depuis ce qui n’est pas encore. Les ruines sont bien plus complètes que les œuvres parce qu’elles représentent une civilisation dans l’ensemble de son parcours. La ruine est ce qui parachève le cycle du pouvoir. Les ruines sont les seules œuvres qu’il considère terminées.

Ses dessins, ses sculptures, ses maquettes, ne sont donc jamais donnés pour achevés. La dialectique se poursuit toujours entre l’œuvre et l‘artiste, jusqu’à épuisement. Pour cela, il devient le barbare qui vandalise sur son passage: c’est une façon de questionner l’artiste comme auteur et simultanément de faire surgir une résistance dans la création. Il se vandalise lui-même. Dans l’art ou la construction des villes, souvent ce qui est utile est appelé à être transformé, car c’est ce qu’il y a de meilleur. (Ou plutôt: de plus précieux ?) La conservation est un procédé contre nature, elle interrompt la friction du temps, des éléments et de l’action immanente des hommes sur les choses.

Theo Michael, 2017

Le présent projet s’apparente à la création d’une capsule de temps, dans laquelle les dessins sont des organismes vivants en cours d’évolution: ce sont des dessins primitifs et contemporains à la fois, des formes arquétypées qui pourraient être comprises par les hommes d’il y a 5 siècles comme par ceux d’un futur lointain. Ils s’adressent à l’homme universel et intemporel. Ils sont compris par les enfants. Les personnages des ces dessins se moquent de l’art, ils portent des jugement sarcastiques sur l’état du monde. Le papier et le support du dessin ont été vieillis prématurément, ils n’ont plus d’âge, ils échappent à la catégorisation

En entrant dans cette installation, mi- vestige, mi- caverne on se trouve transporté et on est coupé, pour un moment, de l’architecture triomphante d’une ville qui se condamne à la conservation de son patrimoine -Paris. Theo est Grec et il cite souvent le Parthénon, pour en rire: pendant longtemps dit-il, il servait d’entrepôt militaire, personne ne se souciait de protéger ce site vieux de 5 siècles et dans un état de dégradation avancé. C’était une « vraie » ruine, abandonnée à elle-même, aux intempéries, à l’irrespect de l’activité humaine. Une ruine qui avait le droit d’être ruine, et donc d’être ruinée tous les jours un peu plus. Mais surtout, un lieu métaphorique, un passage de temps, une mue.

La ruine est ce qui reste d’une tension entre mémoire et oubli, permanence et impermanence (trouver un mot qui existe : instabilité? Évanescence?) œuvre de culture et action de la nature. C’est ce qui nous permet de passer d’un monde à un autre. Pour Theo, Dieu n’existe pas encore, les humains sont toujours en train de l’inventer, depuis des siècles. L’idée de Dieu se trouve quelque part dans l’idée même de la ruine.

Scorpion House, 2016.